L’ONU maintient le moratoire sur les semences Terminator
Mars 31, 2006
Un mouvement mondial d’agriculteurs, de peuples autochtones et d’organisations de la société civile exige leur interdiction
C’est maintenant officiel : les gouvernements à la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique (CDB) ont unanimement maintenu le moratoire international de facto sur la technologie Terminator – des plantes modifiées génétiquement pour que leurs semences soient stériles au moment de la récolte. La 8e rencontre de la CDB a pris fin aujourd’hui à Curitiba, au Brésil.
« La CDB a judicieusement rejeté les efforts du Canada, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande – appuyés par le gouvernement des Etats-Unis et l’industrie de la biotechnologie – visant à fragiliser le moratoire sur les semences-suicide », a affirmé Maria Jose Guazzelli, du Centro Ecológico, une organisation agro-écologique brésilienne.
« Par une décision par consensus, tous les gouvernements ont réaffirmé le moratoire sur une technologie de manipulation génétique qui menace la vie et les moyens d’existence de 1,4 milliard de personnes qui dépendent des semences de ferme », a ajouté Pat Mooney, directeur général d’ETC Group.
Au cours des deux dernières semaines, l’appel en faveur de l’interdiction de la technologie de stérilisation des semences a occupé le devant de la scène à la réunion de l’ONU au Brésil. Des milliers de petits agriculteurs, dont ceux liés au Mouvement des travailleurs ruraux Sans-Terre du Brésil (Movimento Sem Terra), ont manifesté quotidiennement à l’extérieur de la conférence de l’ONU pour exiger une interdiction, et les femmes du mouvement paysan international Via Campesina ont organisé une manifestation silencieuse très forte, au sein même de la réunion, le 23 mars.
« Les semences Terminator sont des semences-génocide », a affirmé Francisca Rodríguez, de la Via Campesina, « Nous éprouvons de l’émotion et de la fierté d’avoir avancé d’un pas dans notre lutte, mais nous n’arrêterons pas tant et aussi longtemps que Terminator ne sera pas disparu de la surface de la terre. »
Le moratoire de la CDB sur Terminator, adopté il y a six ans, était en proie aux attaques de trois gouvernements – Australie, Canada et Nouvelle-Zélande – qui insistaient sur « l’évaluation des risques au cas par cas » de cette technologie. Une vaste coalition d’agriculteurs, de mouvements sociaux, de peuples autochtones et d’organisations de la société civile ont fait pression sur les gouvernements réunis au Brésil afin qu’ils rejettent le texte controversé parce qu’il menaçait d’ouvrir la porte aux essais en champs de Terminator au niveau national, sans tenir compte de ses conséquences sociales dévastatrices.
Le 23 mars, la Malaisie, au nom du G77 et de la Chine (en tout un groupe de 130 pays en voie de développement), a affirmé que la référence à « l’évaluation des risques au cas par cas » était « clairement inacceptable » puisqu’elle permettrait potentiellement les essais en champs. Aujourd’hui, la CDB a réaffirmé le moratoire sur Terminator et l’a même renforcé en précisant que toute recherche future doit être effectuée dans les limites établies par le moratoire – ce qui exclut les essais en champs.
Dans les semaines qui ont précédé la rencontre de l’ONU, la société civile et les mouvements sociaux partout dans le monde ont intensifié leurs campagnes contre Terminator, envoyant un message sans équivoque aux gouvernements réunis au Brésil. Par exemple :
• En Inde, les agriculteurs ont recueilli plus d’un demi million de signatures demandant au Premier ministre de continuer de défendre avec fermeté l’interdiction nationale de Terminator, et d’appuyer le moratoire de la CDB;
• Le 16 mars, le Parlement européen a voté une résolution demandant aux gouvernements européens de soutenir le moratoire de la CDB et de rejeter le texte sur le « cas par cas ».
• Le 23 mars, à la suite de consultations approfondies, les leaders de communautés autochtones du Pérou ont demandé à la compagnie multinationale Syngenta de renoncer à son brevet de type Terminator sur les pommes de terre.
• À Madrid, des manifestants anti-Terminator ont planté des semences de variétés locales de légumes biologiques à l’extérieur des bureaux de Monsanto.
• Des groupes ont ciblé les pays qui appuient Terminator et, en plus des campagnes nationales de lettres, des manifestations ont été organisées devant les ambassades de la Nouvelle-Zélande à Londres et à New Delhi, et devant l’ambassade du Canada à Berlin.
« Le moratoire international sur Terminator a été maintenu – mais la bataille n’est pas encore terminée. Terminator sera commercialisé si les gouvernements nationaux ne prennent pas de mesures pour l’interdire, comme le Brésil et l’Inde l’ont fait », a expliqué Lucy Sharratt, de la Campagne internationale Interdire Terminator.
5000 petits agriculteurs ont protesté aujourd’hui à l’extérieur de la conférence de l’ONU afin que les délégués gouvernementaux repartent avec un message sans équivoque : protéger les droits des agriculteurs.
Pat Mooney, ETC Group, mooney@etcgroup.org +55 41 8843 2014
Silvia Ribeiro, ETC Group, silvia@etcgroup.org, + 55 41 8843 2011
Hope Shand, ETC Group, hope@etcgroup.org, +1 919 960-5767
Kathy Jo Wetter, ETC Group, kjo@etcgroup.org, +1 919 960-5223