Août 16, 2006
Communiqué de presse ETC Group 16 août 2006
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Dans sa quête d’un empire toujours plus vaste, Monsanto – la plus grosse semencière au monde – a annoncé hier son intention d’acheter pour 1,5 milliard $US la firme Delta & Pine Land, numéro un mondial des semences de coton établie dans le Mississipi (É.-U.). Ensemble, Monsanto et Delta & Pine Land (D&PL) contrôlent plus de 57 % du marché des semences de coton aux É.-U. D&PL a des filiales dans 13 pays, dont certains grands marchés du coton – Chine, Inde, Brésil, Turquie, Pakistan. Cette prise de contrôle assure à Monsanto une position dominante dans le commerce de l’un des produits agricoles majeurs dans le monde.Cela veut aussi dire que des millions d’agriculteurs seront soumis à des pressions encore plus importantes pour adopter les semences de coton génétiquement modifiées (GM).
« Cette fusion, » déclare Ibrahim Coulibaly, président de la Coordination nationale des organisations paysannes du Mali, « intensifiera à coup sûr la pression politique déjà très forte sur les pays d’Afrique de l’Ouest pour leur faire accepter les semences génétiquement modifiées. Delta & Pine Land était loin d’avoir le poids de Monsanto. Cette transaction menace gravement nos agriculteurs et notre souveraineté alimentaire. Les groupes d’agriculteurs et les organismes de la société civile d’Afrique ont besoin de l’appui de la communauté internationale pour résister aux pressions des multinationales et de USAID qui poussent les États africains à accepter les OGM. »
Des capsules de coton stériles : Delta & Pine Land est bien connue pour son rôle précurseur dans la mise au point, avec le ministère de l’Agriculture des É.-U., de la technologie Terminator – des plantes génétiquement modifiées pour produire des graines stériles à la récolte. Malgré l’opposition massive des agriculteurs, de la société civile et de plusieurs pays, Delta & Pine Land a exprimé à maintes reprises son intention de commercialiser cette technologie, déclarant que son principal marché serait en Afrique, en Asie et en Amérique latine. La société affirme qu’elle fait déjà la culture en serre de coton et de tabac génétiquement modifiés contenant des gènes Terminator.
Plus de 500 organismes du monde entier ont réclamé l’interdiction mondiale de Terminator, affirmant que les semences stériles allaient détruire le gagne-pain et les cultures du 1,4 milliard de personnes dont la survie repose sur les semences prélevées à la récolte. En mars 2006, c’est à l’unanimité que les États présents à la rencontre bisannuelle de la Convention des Nations unies sur la diversité biologique ont confirmé – et renforcé – le moratoire international sur les essais en champ et la commercialisation des semences Terminator. http://www.etcgroup.org/article.asp?newsid=556
« En acquérant Delta & Pine Land, Monsanto acquiert aussi un programme de recherche voué à la commercialisation des semences Terminator et des brevets étatsuniens, européens et canadiens sur les technologies de stérilisation génétique des semences », précise Hope Shand d’ETC Group. « Nous exigeons que Monsanto s’engage publiquement à démanteler le programme de recherche de D&PL sur Terminator et à renoncer une fois pour toutes à ses brevets Terminator », déclare Shand.
Les finauderies de Monsanto : L’offre d’achat de 1,8 milliard $ faite par Monsanto en 1998 pour acquérir Delta & Pine Land a tourné court en 1999, devant un tollé mondial contre Terminator. L’ancien P.D.G. de Monsanto, Robert Shapiro, a alors réagi à cette opposition massive en faisant publiquement la promesse que sa firme n’allait pas commercialiser la technologie de stérilisation des semences. Mais l’engagement révisé en 2005 stipule que Monsanto ne va pas « commercialiser de technologies de stérilisation des semences pour les cultures alimentaires » – suggérant leur utilisation pour les cultures non alimentaires (le coton?) et n’écartant pas la possibilité d’utiliser Terminator à d’autres fins à l’avenir.
La porte-parole de Monsanto, Lori Fisher, a affirmé aujourd’hui par courriel à ETC Group que Monsanto n’avait pas l’intention d’utiliser les technologies de stérilisation des semences et que la firme maintenait l’engagement de 2005 de « ne pas commercialiser de technologies de stérilisation des semences pour les cultures alimentaires ». http://www.monsanto.com/monsanto/content/media/pubs/2005/focus_impacts.pdf] L’engagement précise aussi que « les gens de Monsanto réévaluent cette position au fur et à mesure des progrès de la technologie. »
ETC Group note que cet engagement laisse la porte ouverte, n’écartant pas la possibilité de développer cette technologie à l’avenir. (1) L’engagement de Monsanto lui permet de modifier sa position sur l’un ou l’autre élément en tout temps. Le coton est l’une des cultures non alimentaires les plus lucratives. Sera-t-il la culture de prédilection de Monsanto pour les gènes Terminator?
Un appétit vorace : L’acquisition de D&PL est la plus récente d’une série de prises de contrôle de firmes semencières par Monsanto depuis dix ans. Monsanto devient la plus importante firme de semences de légumes au monde en achetant Seminis en janvier 2005. En avril 2005, Monsanto acquiert Emergent Genetics (y compris Stoneville) – la 3e semencière de coton aux É.-U. Au cours de la dernière année, Monsanto a pris le contrôle de plus d’une douzaine de firmes de semences de maïs et de soja aux É.-U. Il y a trois mois à peine, D&PL a acquis le commerce mondial des semences de coton de Syngenta – y compris ses activités en Inde, au Brésil, en Europe et du germoplasme de coton aux É.-U.
Le roi du coton : En acquérant Delta & Pine Land, Monsanto veut insérer des traits biotechnologiques dans le germoplasme de coton partout dans le monde. Malgré la résistance croissante en Afrique de l’Ouest, D&PL a amorcé des tests sur du coton GM en 2004 au Burkina Faso, au Mali et en Égypte.(2) On estime que Monsanto et D&PL contrôlent déjà le tiers du marché des semences de coton hybride en Inde. Au dire de Monsanto, D&PL contrôle le tiers du marché des semences de coton au Brésil et presque le quart du marché australien.
L’offre d’achat de D&PL par Monsanto arrive tout de suite après le naufrage du cycle de Doha le 24 juillet à Genève. Les pays ouest-africains exportateurs de coton comptaient sur les négociations de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour réduire les subventions sur le coton aux É.-U. et accroître l’accès aux marchés de l’UE pour les produits finis. L’échec de l’OMC consacre les 4 milliards $ de subventions étatsuniennes au coton – cela augure mal pour les producteurs de coton d’Asie et d’Afrique. Et cela n’arrange pas D&PL, qui n’a pas le compte en banque de Monsanto, ni ses débouchés commerciaux à long terme. Monsanto achète son principal concurrent dans le domaine du coton pour environ 1,5 milliard $ – une économie du tiers par rapport à son offre de 1998 (3) avant le début des pourparlers de l’OMC. Monsanto estime inévitable que les É.-U. laissent tomber les subventions versées aux gros producteurs de coton. Cela sonnera le glas de ce secteur commercial aux É.-U. et le marché se déplacera en Afrique et en Asie. Monsanto a les moyens d’attendre – pourvu qu’elle fournisse les semences de coton et que toutes ces semences utilisent ses traits génétiquement modifiés.
Défier le monopole : L’achat de D&PL lui assurant près de 60 % du marché des semences de coton, Monsanto prévoit être dans la mire des contrôles antitrust aux É.-U. Son président déclare qu’il va se départir de Stoneville, une semencière étatsunienne qui contrôle environ 14 % du marché des É.-U. « Si l’UE veut vraiment aider les producteurs de coton africains et accroître les revenus d’exportation du coton en Afrique, elle pourrait commencer par rejeter la fusion Monsanto/D&PL à Bruxelles en objectant qu’elle contrevient aux politiques anticoncurrentielles » observe Pat Mooney d’ETC Group. « Une fois ces deux firmes étatsuniennes fusionnées, il sera beaucoup plus difficile d’éliminer les subventions au coton et cela aura pour effet de gonfler artificiellement les prix du coton et des vêtements de coton pour les consommateurs européens. Une barrière dressée à Bruxelles pourrait causer des embouteillages jusque sur le périphérique de Washington, DC. La balle est dans le camp de l’UE! », conclut Mooney.
Marché du coton aux É.-U. en 2005 (% des parts du marché)
Delta & Pine Land (bientôt acquis par Monsanto) 43,37
Stoneville (Monsanto) 13,93
Bayer Cropscience 25,32
Phytogen (Dow AgroSciences) 2,64
Autres 14,74
Source : USDA; données relatives au coton Upland
Si l’offre d’achat est approuvée, Stoneville et Delta & Pine Land de Monsanto détiendront ensemble plus de 57 % de l’ensemble du marché du coton aux É.-U. Selon le USDA, la surface cultivée du coton aux É.-U. en 2005 est occupée à 83 % par du coton transgénique.
Delta & Pind Land a des filiales dans 13 pays, y compris en Amérique du Nord, en Amérique du Sud et en Amérique centrale, en Europe, en Chine, en Afrique du Sud, en Turquie et en Inde.
Filiales de Delta & Pine Land (en novembre 2005)
ATLED
D&M INTERNATIONAL, LLC
D&M PARTNERS
D&PL ARGENTINA, INC.
D&PL CHINA, INC.
D&PL CHINA PTE, LTD.
D&PL INVESTING CORP.
D&PL INVESTMENTS, INC.
DELTAPINE PARAGUAY, INC.
D&PL SOUTH AFRICA, INC.
D&PL INTERNATIONAL TECHNOLOGY CORP.
DELTA PINE DE MEXICO S. DE R.L. DE C.V.
DELTAPINE AUSTRALIA PTY. LIMITED
GREENFIELD SEED COMPANY, LLC
HEBEI JI DAI COTTONSEED TECHNOLOGY COMPANY, LTD. (CHINE)
PAYMASTER TECHNOLOGY CORP.
TURK DELTAPINE, INC. (TURQUIE)
D&PL SEMILLAS LTDA. (COSTA RICA)
CDM MANDIYU S.R.L. (ARGENTINE)
DELTA AND PINE LAND HELLAS MONOPROSOPI, E.P.E. (GRÈCE)
D&PL BRASIL, LTDA.
ANHUI AN DAI COTTONSEED TECHNOLOGY COMPANY, LTD. (CHINE)
D&PL TECHNOLOGY HOLDING COMPANY LLC.
D&M BRASIL ALGODAO, LTDA
MDM SEMENTES DE ALGODAO LTDA (BRÉSIL)
SURE GROW, LLC
D&PL INDIA, LLC
DELTAPINE INDIA SEED PRIVATE LTD. (INDE)
D&PL MAURITIUS LIMITED
Source: Delta & Pine Land, SEC Filing 10-K, 14 novembre 2005
Pour plus d’information, communiquer avec :
Hope Shand, ETC Group (É.-U.) courriel : hope@etcgroup.org tel: +1 919 960-5767
Pat Mooney, ETC Group (Canada) courriel : mooney@etcgroup.org tel: +1 613 241-2267
Kathy Jo Wetter, ETC Group (É.-U.) courriel : kjo@etcgroup.org tel: +1 919 960-5223
Silvia Ribeiro, ETC Group (Mexique) courriel : silvia@etcgroup.org tel: +52 5555 6326 64
Jim Thomas, ETC Group (Canada) courriel : jim@etcgroup.org
Ibrahim Coulibaly
Président de la coordination nationale des organisations paysannes du Mali
CNOP /MALI
Téléphone : 011-223-228-6781
Cellulaire : 011-223-676-1126
Courriel : i_ibracoul@yahoo.fr
(1) En février 2006, la campagne internationale Interdire Terminator (www.banterminator.org) révélait que l’engagement révisé de Monsanto ne rejetait plus la commercialisation de Terminator pour toutes les cultures alimentaires. [Correspondance à ce sujet : http://www.etcgroup.org/article.asp?newsid=546] La directrice des politiques publiques de Monsanto, Diane Herndon, a réagi : « Nous regrettons la confusion qu’a pu entraîner la nouvelle formulation « pour les cultures alimentaires » que l’on retrouve dans la discussion sur les techniques de restriction génétique (GURT) du dernier Pledge Report. Nous maintenons l’engagement de ne pas utiliser les méthodes de génie génétique ayant pour effet de rendre les semences stériles. Un point c’est tout. » Elle ajoute : « … nous sommes en train de réviser notre site Web et profiterons de l’occasion pour retirer les termes qui portent à confusion. » Six mois plus tard, Monsanto n’a pourtant ni corrigé, ni retiré les termes qui portent à confusion.
(2) Monsanto, “Delta and Pine Land Acquistion: Investor Conference Call,” 15 août 2006. www.monsanto.com
(3) Compte tenu de l’inflation, l’offre de 1,7 milliard $ faite par Monsanto en 1998 équivaut à 2,25 milliards $ en 2006. L’offre actuelle de Monsanto – 1,5 milliard $ – pour acheter D&PL est donc inférieure de 750 millions $ à son offre de 1998, en chiffres de 2006. (US Bureau of Labor Statistics: www.BLS.GO/CPI .)