Janvier 27, 2006
À Grenade, les semeurs de mort fauchent le moratoire sur Terminator en vue d’obtenir l’aval des Nations unies
Les adversaires de Terminator fourbissent leurs arguments en prévision de la CdP de Curitiba, au Brésil, du 20 au 31 mars 2006
ETC Group - Campagne Interdire Terminator
Communiqué de presse 27 janvier 2006
Cette semaine, on a trahi les peuples autochtones et piétiné les droits des agriculteurs à la rencontre de l’ONU. Téléguidés par le gouvernement des États-Unis et la coterie cynique des géants de l’industrie, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Canada ont porté un dur coup au moratoire sur la technologie Terminator (modification génétique des plantes pour rendre les graines stériles à la récolte). Les recommandations préjudiciables adoptées à Grenade, en Espagne, sont maintenant transmises à la 8e biennale de la Convention des Nations unies sur la diversité biologique (CDB), tenue sous peu à Curitiba, au Brésil, du 20 au 31 mars.
Réuni à Grenade cette semaine, le groupe de travail de la CDB sur l’article 8 (j) a été mis sur pied pour protéger le savoir ancestral, l’innovation et les pratiques des peuples autochtones et des petits agriculteurs. Sidérés, des groupes de la société civile et des peuples autochtones ont pourtant constaté que les États font bien peu de cas des effets profondément néfastes des semences suicides sur le plan social, économique et environnemental, même si ces dangers ont été énoncés dans plusieurs études de la CDB et dans les mémoires officiels des peuples autochtones et organisations d’agriculteurs. Les résultats de cette rencontre mettent en péril la biodiversité et l’avenir de la conservation des semences, comme celui de l’agriculture adaptée aux réalités locales, partout dans le monde.
« Terminator menace notre bien-être et notre souveraineté alimentaire, c’est une violation du droit à l’autodétermination », proteste Mariano Marcos Terena, du Brésil, au nom du Forum autochtone international sur la biodiversité.
Même si la rencontre a réaffirmé le fragile moratoire des Nations unies sur Terminator, on peut désormais utiliser les nouvelles recommandations de Grenade pour faire échec au principe de précaution lors de la rencontre des États en mars, au Brésil. Loin de condamner le caractère immoral et antiagriculteur de Terminator, l’Australie et les États-Unis ont même prétendu à tort que cette technologie qui crée la stérilité allait « accroître la productivité ».
Flanquée d’un conseiller du gouvernement des États-Unis, la négociatrice australienne a insisté pour qu’on retire la mention du « principe de précaution », utilisant cet argument comme monnaie d’échange pour obtenir un libellé contestable de l’« évaluation des risques [de Terminator] au cas par cas ». « C’est terrible – la notion d’évaluation au cas par cas est extrêmement pernicieuse parce qu’elle suppose que chaque pays peut procéder à son propre examen réglementaire de Terminator, ce qui ébranle le moratoire de la CDB et ouvre la porte à l’approbation de Terminator », met en garde Hope Shand, d’ETC Group.
« La manœuvre cynique de l’Australie confirme l’alliance inquiétante entre certains États et l’industrie en vue de renverser le moratoire sur Terminator », déplore Lucy Sharratt, de la campagne Interdire Terminator. « On rejette la contribution des peuples autochtones et des collectivités locales, tant dans le processus que dans le résultat de la rencontre. »
Malgré les efforts d’une poignée de pays riches qui favorisent les profits de l’industrie au détriment des droits des agriculteurs, la majorité des États présents continuent de s’opposer fermement à Terminator et appuient toujours le moratoire actuel. Dans son allocution d’ouverture, la ministre de l’Environnement de l’Espagne a reconnu les dangers de la technologie Terminator. Lors de la rencontre, le Groupe de l’Afrique, l’Égypte et les Philippines ont fait de vibrants discours sur les effets potentiellement dévastateurs de Terminator sur la biodiversité et la sécurité alimentaire, soulignant qu’il fallait interdire cette technologie à l’échelle nationale. La Norvège, le Pakistan, le Kenya et l’Union européenne ont aussi défendu le moratoire actuel. L’Inde et le Brésil ont parlé de leur législation qui interdit les technologies de stérilisation génétique des semences. Malgré cette vive opposition, la rigidité de l’Australie et son obstination à bloquer le consensus ont laissé peu de latitude pour négocier.
Au tableau du déshonneur
Malgré leur engagement officiel à ne pas développer cette technologie, les géants de l’industrie génétique Syngenta et Monsanto se sont livrés toute la semaine à un lobbying agressif en faveur de Terminator. Harry Collins, de Delta et Pine Land, le numéro un mondial des semences de coton – qui procède actuellement à des essais en serre de Terminator – assistait à la rencontre au nom de la Fédération internationale des semences. Roger Krueger, de Monsanto, était là au nom de la Chambre internationale de Commerce. Ils ont été appuyés en coulisse par CropLife International, un lobby des pesticides qui représentait les « sciences végétales ».
À l’extérieur de l’édifice où se tenait la rencontre des Nations unies, des Espagnols de toutes les générations sont venus rappeler aux États que la population s’oppose furieusement à la technologie Terminator. Toute la semaine, Ecologistas en Accion a organisé des événements publics, des manifestations et des kiosques d’information dans la rue, dans le cadre de la campagne Interdire Terminator (http://www.banterminator.org). L’annonce des résultats de la rencontre de Grenade hier soir, en plénière, au Forum social mondial de Caracas, au Venezuela, a soulevé un tollé – des milliers d’agriculteurs n’ont pu retenir leurs cris de colère.
« Permettre l’approbation de Terminator au cas par cas revient à condamner les agriculteurs à une mort lente au cas par cas, », explique Silvia Ribeiro d’ETC Group à Caracas.
Partout dans le monde, la campagne Interdire Terminator continue de s’allier à des groupes et des mouvements pour renforcer la résistance contre Terminator. La lutte se poursuit maintenant à la rencontre de la CdP au Brésil, du 20 au 31 mars.
On peut consulter le projet de recommandation du Groupe de travail sur le site Web d’ETC Group : http://www.etcgroup.org/documents/
8jWorkingGroupRecommendations.pdf
Lucy Sharratt, Coordinator, Ban Terminator Campaign
lucy@banterminator.org
mobile: +1 613 252-2147
Hope Shand and Veronica Villa, ETC Group
hope@etcgroup.org
veronica@etcgroup.org
ETC Headquarters, Ottawa
tel: +1 613 241 2267
etc@etcgroup.org
Pat Mooney and Silvia Ribeiro in Caracas
mobile: +1 613 261 0688
Hotel El Cid (+58212) 263 2611
silvia@etcgroup.org